Présentation du paratexte
Cet Ad Lectorem est ajouté à l’édition aldine de 1507 mais n’est pas présent dans l’édition de Bade de 1506.
Bibliographie :- Allen, The correspondance of Erasmus, letters 142 to 215
- Thomas Baier, ‘Érasme traducteur’, Anabases. Traditions et réceptions de l’Antiquité, 21, 2015, 99–111
- N. G. Wilson, ‘Erasmus as a translator of Euripides: supplementary notes’, Antike und Abendland, 18.1 (1973), 87–88
- Erika Rummel, Erasmus as a translator of the classics (Toronto, Canada, 1985)
- Paul Botley, Latin translation in the Renaissance: the theory and practice of Leonardo Bruni, Giannozzo Manetti and Desiderius Erasmus (Cambridge, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord: Cambridge University Press, 2004, 2004)
- Howard Norland « The rôle of drama in Erasmus’ literary thought » dans Congrès international d’études néo-latines, Acta conventus neo-latini Bononiensis: proceedings of the Fourth International Congress of Neo-Latin Studies, ed. by Richard Joseph Schoeck (Binghamton, N.Y., Etats-Unis d’Amérique: Center for Medieval & Early Renaissance Studies, 1985), pages 549-557
- Virginie Leroux, ‘Les premières traductions de l’Iphigénie à Aulis d’Euripide, d’Érasme à Thomas Sébillet’, Renaissance and Reformation / Renaissance et Réforme, 40.3 (2017), 243–64.
Guilielmo Archiepiscopo Cantuariensi Erasmus salutem plurimam dat.
Érasme salue William, archevêque de Canterbury.
Posteaquam huic tragoediae manu admoliri coepissem, amplissime praesul, protinus alium quemdam orationis gustum, diuersamque carminis indolem sentire mihi sum uisus.
Lorsque j’eus entrepris de porter la main à cette tragédie, Monseigneur, aussitôt j’ai cru pour ainsi dire goûter le style d’un autre, les qualités d’une poésie différente.
Nam, (ni fallor) et plusculum habet candoris, et fusior est dictio.
Car, si je ne me trompe pas, elle possède un petit peu plus d’éclat, et son expression est plus relâchée.
Quo quidem nomine Sophoclea uideri queat.
À ce titre elle pourrait passer pour du Sophocle.
At rursus argumentorum densitate, quasique declamatoria quadam suadendi, ac dissuadendi facultate, parentem Euripidem magis refert.
Mais en revanche, la densité de l’intrigue, son talent pour persuader et dissuader, qui s’apparente presque à l’art de la déclamation, l’attribuent davantage à Euripide.
Quanquam utri sit inscribenda, neque meum est pronuntiare, neque magni referre puto.
Sur la question de l’attribution à l’un ou à l’autre, la décision ne me revient pas et j’estime que ce n’est pas important.
Nobis tamen uisum est de pristina illa nostra religione non nihil remittere, ne non hac etiam in parte congrueremus argumento.
Malgré tout il m’a semblé bon de me défaire quelque peu de mes scrupules d’autrefois, de peur de ne pas, sur ce point non plus, me conformer à l’intrigue.
Proinde Iphigeniam paulo tum fusius, tum copiosius traduximus, at ita rursum, ut ab interpretis fide neutiquam recederemus.
C’est pour cette raison que j’ai traduit Iphigénie avec un peu plus de relâchement et d’abondance, mais sans m’écarter pour autant de la fidélité attendue d’un traducteur.
Hoc uno in utraque sumus ausi dissentire, quod in Choris immodicam illam carminum uarietatem, ac licentiam, aliquantulum temperauimus, sperantes futurum, ut hac in re docti nobis ueniam darent, nimirum in tantis uersantibus angustiis.
Il est un seul point, dans chacune des deux pièces, sur lequel je me suis permis de faire autrement : dans les chœurs, j’ai un tout petit peu atténué la variété démesurée et les licences de la métrique, espérant que, sur ce point, les érudits me pardonneraient assurément, compte tenu de l’ampleur des difficultés qui se présentaient.
Quandoquidem neque Flaccus Lyricorum, neque Seneca Tragicorum poetarum tantam in metris, aut pedum libertatem, aut generum diuersitatem sit aemulatus, cum uterque sequeretur Graecos dumtaxat, non etiam interpretaretur.
Et certes, ni Horace, parmi les lyriques, ni Sénèque parmi les Tragiques, n’ont imité, dans leurs vers, un emploi aussi libre des pieds utilisés et une aussi grande diversité métrique, bien que tous deux aient suivi les Grecs, sans aller pourtant jusqu’à les traduire.
Quod si mihi per grauiora studia liceret, alias aliquot uertere Tragoedias, non modo non me paeniteret huius audaciae, quin etiam non uererer chororum stilum et argumenta commutare.
Et s’il m’était permis, parmi d’autres occupations plus importantes, de traduire quelques autres tragédies, non seulement je ne regretterais pas ma hardiesse, mais qui plus est je ne craindrais pas de changer le style et le sujet des chœurs.
Mallemque uel locum quempiam tractare communem, uel in amoenam aliquam παρέκβασιν exspatiari, quam in canoris, (ut uocat Horatius), nugis1 operam sumere.
Et je préfèrerais soit développer un passage comme un lieu commun, soit m’étendre en une digression agréable plutôt que de perdre mon temps à des bagatelles mélodieuses (comme le dit Horace).
Nusquam enim mihi magis ineptisse uidetur antiquitas, quam in huiusmodi Choris, ubi dum nimium affectat noue loqui, uitiauit eloquentiam, dumque uerborum miracula uenatur, in rerum iudicio cessauit.
Car nulle part l’Antiquité ne me paraît avoir davantage perdu l’esprit que dans des chœurs de cette nature : car, dans sa recherche excessive de nouveauté, elle a gâté l’expression, et dans sa chasse aux mots étonnants, a cessé de faire preuve de discernement sur les choses.
Vale, meum decus.
Adieu, toi qui fais ma gloire.